DEMAIN LES ÉTOILES

Moi 5 ans et ma mère
DEMAIN LES ÉTOILES
Quand j'étais petit au cours de certains soirs d'été,
des soirées calme et sans vent et que la lune éliminait ses yeux de rêves,
mon père disait :
« Regarde mon gars ! » disait-il,
- Tu la vois très loin là-bas ?
- Tu la vois cette Lune ?
- Et bien un jour des hommes marcheront dessus !
«Regarde mon gars ! » disait-il,
-Tu vois tout autour ces milliers de petites étoiles ?
-Toutes des petits Soleils !
-Un jour des hommes dans des fusées iront là-bas !
Ah ! Vraiment dans ma petite tête d'enfants c'était magique !
Mon cœur s'emplissait de bonheur, c'est mon père qui me l'avait dit !
La vie serait belle ! « Toutes des p'tits soleils » qui disait ! Ah ! Que de rêves pour un enfant ! Que de merveilles dans ces yeux de père ! J'avais beau regarder très loin, tout là- haut la Voie Lactée, et bien tout ça c'était dans les yeux de mon père.
Tous les deux, assis sur le balcon, sans mots dire, nous regardions…
Comme j'étais fier que cet homme pourtant si avare de mots, m'est confié pareils révélations ! Toute la vie devant moi, tant de merveilles à venir… et puis le temps passa…
Peu à peu je baissa la tête, et de ce balcon un bon matin, je vis des gens, des voitures, un quartier animé par nombre d'autres réalités. Sous mes pieds, quelques planches grises et décolorées… Ce fut la vie, l'école, les contraintes, la haine, l'amour. Tout se complexifiait. La magie au fil du temps, perdit de son éclat. Ainsi je grandis, la réalité me rattrapant comme pour me faire oublier tous ces rêves d'enfants, tous ces espoirs, ces promesses.
Je n'osais plus regarder là-haut, c'était maintenant l'affaire des funambules, ces fous qui en équilibre sur un fil de fer, bravent la vie, rêves et magies comme seuls bagages ! Rien que des rêveurs ! Moi, j'avais oublié tout ça désormais.
Les années s'écoulaient avec leur lot de bonheur, de peines et de misères… et de belles rencontres.Tête baissée, j'ai pu voir défilé toute une gamme de couleurs et de modèles… ceux de mes souliers.
Ces damnés souliers river à ces quelques planches grises et décolorées de mon balcon. Il y eu tant de misères entre les fissures de ces maudites planches, là, la tête baisser, sans rêves, sans magies et sans espoirs.
Nous feignons parfois d'être des grands, alors que dans notre cœur nous ne sommes encore que des enfants. Des enfants qui ne demandent qu'à rêver, qu'à espérer que demain sera meilleur. Oui bien sûr, les rues sont d'asphalte, ici et là quelques saletés,inhérentes. Et puis ces fonds de ruelles où les ordures et les rats font bon ménage...
Toujours le temps passait, puis un jour, la Lune et les étoiles s'en allèrent, se fondant dans l'infini… Mon père en avait fini ! Les yeux fermés, plus rien ! La Lune, les p'tits soleils, la magie et l'espoir ! Tout ça maintenant diluer à la frontière d'une vie…
Et puis le flot des saisons coula, parfois entre des rochers abrupts, parfois librement. Inlassablement, les saisons images par images fondirent au gré de ma vie. Puis vint quelques réponses, comme autant de petits secrets trop bien gardés jusque là. À ce moment, je ne réalisais pas encore que ces rues d'asphaltes, ces saletés, ces ruelles, toutes ces «misères », n'étaient peut-être qu'illusions.
Depuis, bien des saisons ont déroulé leurs hivers sur mes yeux sombres… quelques gouttes de larmes sur les planches de ce vieux balcon, là où mon père… oui mon cher père, tu parlais peu, mais ça comptait.
Puis voilà, encore une fois, je regarde tête baissée, je me surprends à rêver… le soir parfois, lorsqu'il fait chaud et sans vent…
-Regarde mon gars, tu la vois très haut là-bas ?
-Tu la vois cette Lune ?
-Un jour des hommes iront dessus !
C'était vrai ! Ils y sont allés !!! Ont à qu'à lever la tête juste un peu plus haut pour que dans nos yeux se reflète la magie et l'espoir. Aujourd'hui, après toutes ces années, je pense à ce père sans le sous, mais combien remplis de rêves…quand même et malgré tout. Dans ces yeux, la Lune et tous ces p'tits soleils… comme de la magie !
Maintenant je sais, je sais qu'un jour des hommes ont marché sur cette Lune ! Et demain… et demain pourquoi pas les étoiles ! ?
-Tu la vois très haut là-bas ?
-Dans tes yeux, tous ces p'tits soleils ?

Commentaires
Miren le 15/06/2007 à 20:35:53Les étoiles n'ont leur vrai reflet qu' à travers les larmes..............